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Oscar Goapper (Mupe Ossikari ), IMC PDF Stampa E-mail
Scritto da Jean Paré   
Médecin des corps et des âmes

première rencontre

J’ai rencontré le père Oscar Goapper pour la première fois en 1986. Il était en République démocratique du Congo, alors appelé Zaïre, depuis quatre ans et avait toujours œuvré à la mission de Neisu. J’allais saluer mon confrère canadien, le père Richard Larose, mais celui que j’ai rencontré, c’est Oscar. Dans un article publié quelques mois plus tard dans la revue IMC d’animation missionnaire au Canada, Révei Missionnaire, mon texte commençait ainsi : « Richard n’est pas seul à Neisu. Il travaille avec le père Oscar Goapper. J’avais entendu parler d’Oscar. J’avais vu des photos. La réalité est encore plus impressionnante. Vous vous trouvez bien petit devant ce grand missionnaire de presque deux mètres de grandeur. Tout le monde le regarde d’en bas. D’autant plus qu’il n’est pas du tout désagréable à regarder! » C’est dire l’impression qu’Oscar faisait sur toutes les personnes qui le rencontraient. J’ajoutais : « Oscar est un missionnaire extraordinaire. Sa personnalité fascine tout de suite. D’origine argentine, il n’est âgé que de 35 ans, mais déjà après quatre ans au Zaïre il a laissé sa marque. » Je me souviens que j’avais été frappé spécialement par deux choses, et les photos qui illustrent l’article le montrent bien : d’abord par sa manière de présider une célébration avec les enfants. À l’aide de grands dessins, il leur expliquait avec un enthousiasme contagieux et une conviction souriante des épisodes de la vie de Jésus; ensuite, évidemment, son engagement auprès des malades. À ce moment-là, il venait de commencer la construction des premiers bâtiments de ce qui deviendrait l’hôpital Notre-Damede- la-Consolata. Pour mon article, j’avais demandé à Oscar pourquoi il s’intéressait tant aux malades. Voici ce qu’il avait répondu : « Tu n’as pas idée, Jean, que lorsque je soigne ces gens-là, ce qui est en jeu, ce sont des questions de vie ou de mort, de maladies, d’interventions ou non de Dieu, des esprits, des ancêtres, des démons… C’est à ce niveau là d’évangélisation que se situe mon travail auprès des malades[…] L’Église ne peut pas se contenter de faire des homélies dans les chapelles, nous devons pénétrer dans tous les secteurs de la vie des gens. Nous devons les évangéliser de l’intérieur. Moi, je veux évangéliser en m’occupant des malades. » Chez Oscar, ces idées n’étaient pas de la théorie. Dans le même interview, il m’expliqua comment il faisait concrètement cette évangélisation de la culture : « Dans le fond, je profite du moment de la maladie pour entamer avec le malade et avec sa famille un discours qui les conduit à réfléchir sur certaines antivaleurs, comme la sorcel- lerie, comme les sorts jetés aux autres, et j’essaie de leur présenter une nouvelle alternative plus humaine, en leur apportant la lumière de l’Évangile[…] Après une opération, parfois les gens me demandent si j’ai trouvé le mauvais sort dans le malade. Parce que je suis prêtre, les gens acceptent plus facilement que je leur fasse un sermon, une vraie catéchèse. Il m’est même arrivé d’inviter des parents à venir dans la salle d’opération pour voir eux-mêmes qu’il n’y avait pas de mauvais sort dans le ventre du malade. J’ai le sentiment que les gens me font plus confiance et m’écoutent plus parce que je suis prêtre. »

un prêtre docteur?

Le 30 septembre 1985, le père Oscar Goapper écrit au supérieur général pour lui demander d’entreprendre des études de médecine. Il sent que sa demande a quelque chose d’étrange, mais en même temps il est tout à fait conscient qu’elle se situe dans la droite ligne de sa vocation missionnaire. Il écrit : « Le premier appel à devenir médecin pour les pauvres est né en voyant nos gens et leur situation; je suis certain que dans ma demande il n’y a pas de recherche de prestige personnel ou de renommée. Je ne vois pas de dichotomie entre être médecin et être prêtre missionnaire… je le fais parce que je suis chrétien. J’ai senti, dès le début, que ma vocation était un service à la vie; je ne me sens pas lévite ou serviteur du culte, mais évangélisateur avec une annonce de vie et dans un un prêtre docteur? Le père Oscar Goapper est certainement, parmi tous les missionnaires que j’ai connus, celui qui a le mieux compris et vécu jusque dans sa chair cette parole de Jésus de Nazareth : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et la vie en abondance » (Jean 10,10). De nombreuses personnes de son entourage témoignent que c’était là le verset de l’Évangile qu’il citait le plus souvent et qu’il employait pour expliquer sa propre compréhension de la mission. style de vie qui peut créer entre les humains de nouveaux liens de fraternité et de justice. C’est pour cet idéal que je veux brûler ma vie comme l’apôtre, là où l’humanité la plus pauvre a planté sa tente. Vivre dans l’insécurité de nos gens m’a fait découvrir tant de valeurs auxquelles je ne donnais as d’importance : la première est l’attention au frère, être proche; je suis un étranger, mon message doit être bien chargé de proximité (de charité, je dirais), pour qu’il puisse être écouté et accueilli. Je crois fermement que l’objectif de tous nos gestes individuels et pastoraux doit être de vivre la charité. Nous, missionnaires de la Consolata, souvent nous raisonnons de la manière suivante : il y a un problème de santé? Alors nous disons : construisons des dispensaires! Il y a un problème d’enseignement? Alors construisons des écoles! Oh non!… il faut commencer par en bas, différemment. Il faut se demander : qu’est-ce que je puis faire pour changer cette situation? Non pas avec du ciment, mais avec mon engagement personnel, avec le temps que je peux leur offrir, avec mes efforts et mes larmes. Que de fois je me suis senti pris à la gorge quand, après avoir lutté jour et nuit avec notre « sœur la mort », nous avons été vaincus par elle ou encore lorsque la négligence de quelqu’un fait mourir un malade! Parfois j’ai pleuré et je n’ai pas eu honte quand la seule chose que je pouvais faire pour le malade était de l’aimer. La culture de cette tribu des Mangbetu, le choix de mourir de tant de vieux guerriers, tout cela me pousse à m’engager en faveur de la vie. J’ai vu comment Giuseppe Allamano, notre fondateur, donnait de l’importance à cette préparation et au travail avec les malades. Je pense et je repense à notre présence dans cette réalité et il me semble que nous avons fait très peu pour pénétrer cette culture. Choisir cette voie est la plus grande souffrance de toute ma vie et je te le confie, aussi la plus difficile, parce que pour moi l’Afrique est encore difficile, elle exige de moi un effort quotidien[…] Décidez ce que vous voulez, je comprends les difficultés de personnel et de pastorale; je ne te cache pas que cela exige, de moi aussi, un acte de foi et d’abandon à Dieu. Mais je sens que j’ai des talents que je dois faire mûrir pour le service et la construction de l’Église. Je crois qu’ils sont authentiques, parce qu’ils sont nés de situations concrètes. Je ne pense pas être différent de celui qui demande d’étudier l’histoire, la théologie, la pastorale ou autre chose. La diversité, ici, consiste à ne pas se regarder soi-même, mais au contraire à regarder les besoins des autres. Mais après le Christ, qui s’est fait chagrine maladie-souffrance, le monde est comme à l’envers! » Cette lettre était adressée au supérieur général des Missionnaires de la Consolata; c’est lui, le père Giuseppe Inverardi, qui plus tard a ainsi donné son témoignage de cette singulière mission du père Oscar Goapper : « Formé par le milieu, en observant les besoins et poussé de compassion pour les personnes qu’il servait, Oscar vit qu’il pouvait donner plus de vie. Parce que la vie est harmonie entre le corps et l’esprit : souvent Jésus soignait le corps pour guérir l’esprit. Et voici alors, avec l’élan qui lui était propre, il se prépare un peu à mourir afin que les autres soient sains de corps et d’esprit, parce qu’il n’a jamais séparé ces deux dimensions missionnaires. Il n’a pas mis la médecine au-dessus de son sacerdoce. Au contraire, il considérait la profession médicale comme accroissement et continuation de son sacerdoce, pour sauver l’homme dans sa totalité[…] Le père Oscar aimait avec le sourire, qui disparaissait seulement quand il n’avait pas réussi une difficile entreprise médicale. Il aimait avec ses mains, souvent presque miraculeuses. Il aimait avec ses yeux grand ouverts, qui semblaient justement faits pour diagnostiquer les maladies et les malaises de tout genre. Il aimait avec le coeur de celui qui dit : « Ta vie est ma vie; pour ta vie, ma vie. » Oscar Goapper, tout en poursuivant une grande partie de ses activités et de ses projets à Neisu, fera toutes ses études de médecine à l’Université des études de Milan et, le 6 octobre 1994, il sera officiellement habilité à l’exercice de la profession de médecin, chirurgien, neuf ans après sa lettre au supérieur général.

naissance et origine

Fils de José Elgasto et de Nelly Telma, Oscar José Goapper Pascual était né le 25 septembre 1951 à Venado Tuerto, dans la province de Santa Fe, en Argentine. Son arrière grand-père Guillaume avait quitté sa Bretagne natale à la fin du XIXe siècle pour aller s’établir en Argentine. Après avoir travaillé chez un riche fermier de Buenos Aires, la famille Goapper réussit à acheter son propre lopin de terre où ils élevèrent quelques bêtes et ouvrirent une boucherie. Sans devenir riche, la famille prospéra dans cette ville de 60 000 habitants. Son grand-père Santiago lui disait souvent : « Souviens-toi de Kernével! », mais dans sa tête hispanophone, Oscar entendait Quernével! Curieux, le jeune Oscar était allé chercher dans des atlas de la France un Quernével qu’il n’avait jamais trouvé. C’est au moment de son apprentissage du français en Belgique qu’à la Maison de la culture française à Bruxelles il avait découvert, dans un bottin du Finistère, le village de Kernével, avec un K, pas un Q; et le premier nom qui lui sauta aux yeux était le sien, car à Kernével il y avait encore des Goapper. Quelques semaines plus tard, le jeune père Oscar Goapper se rendait en Bretagne et visitait ses lointains cousins bretons.

croissance

Après ses études primaires et secondaires, Oscar découvre les premiers signes d’une vocation missionnaire. Il fait ses études de philosophie chez les Missionnaires de la Consolata et demande d’entrer chez eux. En 1971, on l’envoie en Italie pour faire son noviciat. Dans son premier rapport, le maître des novices, le père Renzo Gobatti, souligne l’émotivité caractéristique du jeune Argentin, mais il ajoute : « Il se connaît bien cependant et il sait travailler sa propre personnalité pour mieux dominer son émotivité[…] L’expérience de prière que le noviciat propose a fait grandir en lui une recherche personnelle qui donne de la vigueur à sa relation avec Dieu et avec les autres. » Dans son deuxième rapport, le même maître est plus concret : « Oscar est irritable et il s’offense facilement, même s’il oublie tout aussi rapidement[…] Pour lui l’amitié, même avec le formateur, est importante. Il a de la difficulté à accepter la correction fraternelle. » Oscar est déjà engagé dans des activités pastorales, car à la Chartreuse de Pesio il travaille avec un groupe de jeunes. Le 10 septembre 1972, il fait ses premiers voeux religieux. Quatre ans plus tard, le 23 mai 1976, après des études de théologie au grand séminaire de Turin, il prononce ses voeux perpétuels, quelques semaines seulement avant son ordination comme prêtre le 19 juin 1976. Il est tout de suite envoyé en Argentine. Là, il travaille comme animateur missionnaire. Dans le bulletin Informativo Argentina de mai 1977, on trouve l’information suivante : « Le père Oscar Goapper continue ses contacts avec les groupes de jeunes dans les paroisses et les collèges, pour les rencontrer et les accompagner personnellement quand ils manifestent un certain intérêt. Il a même commencé une petite revue La Llamada destinée aux jeunes qui manifestent des signes de vocation. C’est un travail plutôt difficile, mais on continue à espérer. » Effectivement l’Église d’Argentine vit à cette époque un réveil vocationnel chez les jeunes. Au début de 1979, le travail d’Oscar a porté fruit : il y a quatre candidats au séminaire de Buenos Aires et deux à la veille d’entrer au noviciat. Après deux ans, il est nommé formateur au séminaire de Buenos Aires et, avec les séminaristes, il poursuit des activités d’animation vocationnelle. En 1981, après cinq années en Argentine, son pays natal, il écrit au supérieur général et demande de pouvoir aller travailler en mission : « Je ne voudrais absolument pas vous poser de conditions; je pense sincèrement que si vous me demandez de continuer ici, je le ferai en essayant de donner le meilleur de moi-même. Suivre le Seigneur de manière fidèle et sans condition est vital pour moi. Mais je suis honnête en vous disant que certains jours sont pesants; dans beaucoup de choses, je manque d’expérience missionnaire et, dans la formation, la bonne volonté ne suffit pas, il faut être concret. J’ai appris beaucoup et ça été pour moi une merveilleuse occasion de croître dans mon sacerdoce missionnaire; mais… l’expérience missionnaire serait comme une montée vers Jérusalem, aller au coeur des choses. » Le 18 mai 1981, la direction générale le destine au Zaïre. Écrivant au père Antonio Barbero, supérieur des IMC dans ce pays d’Afrique centrale, le père Oscar l’informe qu’il veut se préparer à la mission en faisant un cours d’infirmier, pour être utile, et il ajoute : « J’ai entendu de très belles choses sur le Zaïre, sur le travail et le style du groupe : je suis enthousiaste et j’attends avec impatience le jour du départ; cependant je suis aussi conscient qu’on ne peut pas improviser la mission. » Après avoir appris le français pendant quelques mois en Belgique, il arrive à destination le 27 avril 1982.

Neisu

Le village de Neisu est à 30 kilomètres au nord-est d’Isiro, la principale ville et le dernier aéroport au nord-est de la République démocratique du Congo. C’est d’ailleurs d’Isiro qu’un missionnaire belge venait à Neisu à partir des années 1950. Lors des tragiques événements liés à l’indépendance du pays en 1960, ce missionnaire fut assassiné, de sorte que le travail d’évangélisation fut interrompu à Neisu pendant près de 25 ans. Neisu, dans la langue locale, signifie coeur. Lorsque les IMC, après avoir installé leur maison provinciale à Isiro, songèrent à y avoir aussi une mission, Neisu apparut tout de suite comme un excellent endroit, pas trop loin de la ville d’Isiro, avec une population largement mangbetu de près de 80 000 personnes, sur un territoire de plus de 10 000 kilomètres carrés. Ainsi les Missionnaires de la Consolata décidèrent de reprendre cette paroisse dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. En 1982, ils y destinèrent les pères Antonello Rossi et Oscar Goapper. À leur arrivée à Neisu, ceux-ci trouvèrent une petite chapelle et une maisonnette pour héberger les prêtres. Une des premières constructions des nouveaux arrivants fut une église beaucoup plus grande, alors que l’ancienne chapelle fut transformée en dispensaire. Le 25 novembre 1984, en présence de dix milles personnes, monseigneur Ambroise Uma, évêque d’Isiro, inaugure la nouvelle église et bénit la nouvelle statue du Sacré-Coeur que des jeunes installent sur un piédestal à la croisée des principales routes de Neisu. En 1986, lorsque je suis allé moi-même à Neisu, il y avait, avec le père Oscar, le père Richard Larose et le frère Domenico Bugatti. L’église était terminée, une première aile de l’hôpital était en construction, des puits avaient été creusés et approvisionnaient maintenant non seulement le presbytère et l’hôpital, mais aussi la nouvelle communauté des Soeurs de la Famille du Sacré-Coeur, originaires de Brentana, près de Milan (Italie). L’une des trois religieuses travaillait à la maternité du nouvel hôpital et gérait un centre de nutrition et d’hygiène pour les mamans et les femmes enceintes. Au même moment, le frère Domenico travaillait à terminer plusieurs chapelles de la brousse. Lorsqu’en 1988 le père Nestor Saporiti, lui aussi un missionnaire originaire d’Argentine, arrivera à Neisu, il y aura déjà 110 chapelles de brousse, un hôpital de 170 lits, trois dispensaires, deux écoles primaires, une école secondaire et 53 classes du primaire disséminées dans les innombrables petits villages du territoire de la mission de Neisu.

le 25 décembre 1982 : la mort d’espérance

Après quelques semaines pour s’adapter à son nouveau pays, le père Oscar est envoyé à la nouvelle mission de Neisu où travaille le père Antonello Rossi. C’est là que, lors de son premier Noël en Afrique, il fait une expérience déterminante dans son cheminement missionnaire; par manque d’assistance médicale, une petite fille lui meurt dans les bras. Cette expérience le bouleverse et suscite chez lui beaucoup de questions; pour la première fois il lui vient à l’esprit la possibilité de devenir médecin, pour « donner la vie aux gens ». Plus tard, le père Rossi a raconté ce qui s’est passé : « Il n’y a que quelques mois que Oscar est arrivé à Neisu. Le soir de ce 25 décembre, de retour des villages et heureux de me retrouver avec un confrère après une semaine d’absence, je me rends compte que lui, au contraire, semble triste. Je pense qu’il s’agit de nostalgie. En effet, c’est son premier Noël africain. Mais ses paroles contredisent tout de suite ma pensée. C’est l’histoire que nous connaissons tous, l’histoire de Elikia. » Dans la langue locale, ce mot signifie espérance. Oscar lui-même a raconté l’histoire d’Elikia : « Tandis que j’étais en train de confesser, on vient m’appeler. C’est une maman qui a dans les bras une fillette de deux ans environ. Elle respire difficilement et a beaucoup de fièvre à cause de la rougeole et de complications pulmonaires. Je fais tout mon possible pour elle, mais ça ne sert à rien. Je la baptise du nom de Elikia et elle meurt dans mes bras. Comment est-il possible de fêter la vie, la naissance de Jésus, quand il y a encore des enfants qui meurent parce qu’ils n’ont pas été vaccinés? » Et Oscar ajoute : « Antonello, on doit faire quelque chose! » les premiers pas en médecine En Argentine, le père Oscar avait suivi un cours d’infirmier. Cela ne lui semble pas suffisant. Ici à Neisu, il y a un petit dispensaire, mais quoi faire pour tous ces malades? Un infirmier ne suffit pas, il faut un médecin. Il faut un hôpital. Il commence alors à fréquenter le docteur Leta, un médecin, chirurgien de Isiro, chez qui il apprend les rudiments de la médecine et les secrets de quelques maladies tropicales. Grâce à lui, le petit dispensaire de la mission commence à fonctionner et à s’agrandir. Mais les malades affluent… Le petit dispensaire ne suffit pas. Oscar reprend contact avec des amis en Italie; grâce à un groupe à Vimercate et grâce aux Soeurs du Sacré-Cœur de Brentana, il reçoit 10 000 $ et se lance tout de suite dans des constructions. Et les médecins? En Italie, des personnes ont fait des promesses : « Nous verrons, cela nous intéresse… Élabore un projet précis et nous l’examinerons! » Mais avec le temps, les promesses, les belles promesses tombent les unes après les autres. Le père Oscar va rencontrer le curé de Neisu et lui annonce : « S’il n’y a pas de laïques qui veulent venir à Neisu, moi je deviens médecin! » C’est alors, en 1985, qu’il écrit au supérieur général pour obtenir la permission de faire des études de médecine. La permission n’arrivera que l’année suivante. Il s’inscrira à la faculté de médecine de l’Université de Milan. Commencent alors de longues années où Oscar partage son temps, ses énergies et ses efforts entre l’Europe et le Zaïre : en Europe, il poursuit des études difficiles (il n’a plus vingt ans) et rencontre bienfaiteurs, fondations et associations pour obtenir de l’aide pour son hôpital; au Zaïre, il revient surveiller les travaux, monter et organiser l’hôpital, tout en continuant un peu de travail pastoral. Ces années sont ponctuées de quelques grandes joies! Comme il le relate lui-même dans le bulletin Da Casa Madre des Missionnaires de la Consolata, le 28 juin 1992, le père Oscar, en présence du supérieur provincial de l’époque, Richard Larose, et de la Mère générale des Soeurs de la Famille du Sacré-Coeur de Brentana (Italie), inaugure la nouvelle salle d’opération et les départements de pédiatrie et de radiologie. D’ailleurs, le nouveau département de pédiatrie s’appellera Mère Laura, en l’honneur de la fondatrice des Soeurs de Brentana.

Nestor et Oscar

Les deux missionnaires originaires d’Argentine restèrent ensemble à Neisu pendant quatre ans, de 1988 à 1992, Nestor Saporiti surtout à la pastorale, Oscar surtout à l’hôpital et aux écoles, tandis que le frère Domenico Bugatti continuait à s’occuper des constructions. Un troisième prêtre vint se joindre à l’équipe, en la personne du père Fedele Crippa : ce dernier était surtout en charge des chapelles de la brousse et, plus tard, il sera remplacé par le père José Tolfo. De cette période extrêmement féconde, nous avons un document intéressant : un petit livre d’abord publié en espagnol en Argentine sous le titre Historias de Ebano, puis traduit en français et publié au Canada en 1999 : Nzambe Alalaka Te, Expériences d’un missionnaire argentin au Congo. Deux priorités orientèrent leur mission : la santé et l’éducation. Il ne faut pas oublier que si Oscar était infirmier et en train d’étudier pour devenir médecin, Nestor était professeur. Il enseignait d’ailleurs à l’école secondaire de Neisu. Comme le commente l’auteur de Historias de Ebano, ce ne sont pas les professeurs qui manquaient mais le matériel pédagogique. Je me souviens que lors de ma visite de 1986, c’est exactement ce qui m’avait le plus impressionné : non seulement les bâtiments scolaires étaient extrêmement délabrés, souvent sans portes ni fenêtres, avec des bancs et des tables rudimentaires, mais partout les livres, les cahiers et tout le matériel pédagogique le plus élémentaire faisaient totalement défaut. Au cours de ces années, la mission de Neisu, avec l’aide de bienfaiteurs et d’ONG, réussit lentement et fort graduellement à restaurer l’indispensable! Avec le charisme et les talents d’Oscar, les pas faits dans le domaine de la santé furent impressionnants. D’abord avec les handicapés : très tôt, Oscar fait des interventions chirurgicales pour redresser leurs membres et Nestor, avec ses compétences dans le travail du cuir, fabrique des appareils orthopédiques permettant aux malades de marcher debout et de trouver une plus grande dignité. L’intervention n’était pas toujours possible, et Nestor raconte le cas d’un certain Antoine, trop lourd pour pouvoir se tenir droit sur des béquilles; pour lui et pour ses semblables, la mission trouva des bienfaiteurs qui leur offrirent des chaises roulantes. « Antoine commença à se déplacer partout dans la mission. Muni de ciseaux et d’un peigne, il devint barbier et commença à gagner sa vie. Avec si peu, Antoine trouva une dignité dont il n’avait jamais rêvé… Un jour, il vint rencontrer le père Oscar et lui dit : “Père, tu m’as libéré! ». Il faudrait aussi mentionner leurs actions contre la lèpre, avec l’aide de la Fondation belge du père Damien, et leur souci de trouver pour les malades des médicaments à prix abordable. Ces années virent aussi l’arrivée et la fulgurante montée du SIDA. Il était matériellement et financièrement impossible de faire passer tous les tests et examens pour dépister la présence du SIDA, mais, de temps en temps, Oscar envoyait des échantillons à un laboratoire de Kinshasa : sur dix personnes soupçonnées d’être séropositives, les résultats de ces tests ont montré que sept l’étaient vraiment. Ce fut l’occasion pour Neisu d’organiser une grande Campagne SIDA :on ne se contentait pas des informations et des conseils donnés partout, mais on tenait aussi compte des habitudes locales; c’est ainsi qu’on recommandait que chaque membre de la famille ait sa propre brosse à dents et que chaque homme possède sa propre lame à raser! Ce ne fut pas le seul cas de médecine préventive; bien au contraire, la prévention était la priorité. Pour cela, les missionnaires de Neisu, d’abord au centre puis ensuite dans tous les villages, organisèrent des cours d’information à l’aide de livrets faciles à comprendre, d’affiches et de diaporamas : à chaque visite, une maladie fréquente dans la région était expliquée dans ses causes, ses symptômes et son traitement : malaria, tuberculose, poliomyélite, alcoolisme, etc. Un autre aspect de la prévention consistait en l’amélioration de la nourriture. C’est pourquoi la mission de Neisu commença à populariser la culture du soya. La Campagne Soya permit aux gens non seulement d’améliorer la qualité de leur alimentation, mais aussi d’acquérir de meilleurs revenus. On se rendit vite compte en effet que dans cette région le soya pousse bien; de plus l’hôpital de Mupe Ossikari s’était engagé à acheter tous les excédents pour le Centre nutritionnel. « Peu à peu, certaines choses changèrent, grâce surtout à l’effort énorme et constant de l’hôpital de la mission », conclut le père Nestor dans son petit livre. Un autre projet naquit pour améliorer la qualité de l’alimentation des gens de la région, un projet d’élevage. Il y avait bien peu de personnes qui croyaient possible l’élevage de vaches dans cette région équatoriale, mais malgré les doutes, Oscar alla en acheter à 600 kilomètres de distance. Le père Rossi raconte la suite: « À Neisu personne ne les avait jamais vues et, encore aujourd’hui, les enfants se sauvent de peur quand ils les voient. Toi, tu avais justement pensé à eux, tu voulais un verre de lait par jour pour tous les mal nourris! » Quand, en 1992, arriva la nouvelle de la destination du père Saporiti en Argentine, le père Oscar écrivit au supérieur général : « Maintenant, lui, il part. Il ne m’est pas facile d’accepter cette décision pour tout ce que signifie ce départ pour notre présence et notre évangélisation ici à Neisu[…] La paroisse devient grande et les gens ont besoin d’être écoutés, accueillis. De l’hôpital, n’en parlons pas : je fais ce que je peux, je suis très limité et, de temps à autre, les fusibles sautent. À cause de tant de problèmes que nous avons eus, je n’ai pas pu étudier durant ces derniers temps et je ne sais vraiment pas jusqu’à quand je réussirai à tenir le coup seul… je Lui ai tout offert : c’est son champ. C’est un problème de personnel, mais souvent c’est nous mêmes avec nos limites qui rendons les choses plus difficiles. La joie la plus grande : l’hôpital, les enfants que, ces jours-ci, d’une manière ou d’une autre, j’ai pu arracher à la mort, tellement présente durant ces derniers temps. Les pauvres augmentent de jour en jour; on s’en rend compte par la présence toujours plus grande de sidéens abandonnés à eux-mêmes, sans argent pour acheter des médicaments et qui survivent en vendant deux ou trois bananes pour s’acheter un peu de sucre… En pensant à nos sécurités et à nos peurs, tout cela me fait entrer en crise. »

un talent multiple

Dans le témoignage rendu par le père Antonello Rossi, on peut lire : « Tu parlais comme un prophète, les injustices te mettaient en feu et, de l’autel, ta voix résonnait forte comme celle du Seigneur qui défendait son peuple. » Il existe de nombreux témoignages sur les qualités oratoires du père Oscar. Moi j’ai vu, en 1986, combien les enfants étaient captivés par ses paroles. Oscar fut aussi un bon peintre. On trouve quelques-unes de ces peintures en Argentine et en Italie, mais les plus impressionnantes sont probablement les fresques qu’il peignit dans l’église de Neisu où il a illustré les articles du credo. Alors qu’il s’apprêtait à peindre la flagellation, voici qu’il apprend que des hommes de main du chef ont battu un vieillard, Jérôme, mort à l’hôpital. Très secoué, Oscar lava lui-même le cadavre et l’enveloppa d’un drap blanc. C’est lui, Jérôme, qui a inauguré le nouveau cimetière, en arrière de l’église. Pour sa peinture de la flagellation, Oscar s’inspirait d’un dessin du Caravage, mais il apporta une modification importante : les soldats que le peintre italien avait peint en Romains, Oscar les transforma et les peint comme les hommes de main du chef qui avait tué le pauvre Jérôme. C’est ainsi que les soldats du chefu, avec leurs uniformes verts, apparurent à côté du Christ flagellé : l’Évangile d’hier redevenait contemporain des Mangbetu. Il faut signaler son souci constant pourassurer que l’hôpital de Neisu puisse avoir assez de médecins, d’infirmières, d’infirmiers et d’assistants. Que de voyages en Europe pour trouver ces spécialistes! Mais aussi, sur place, que de jeunes envoyés aux études, que de bourses trouvées pour payer ces études! En 1999, une bonne vingtaine d’entre eux se trouvaient dans des centres de formation à Bunia, à Nyakunde, à Kisangani, à Goma, à Buta et même à Kinshasa! Pour le père Oscar, ce furent sans doute des années très heureuses et très occupées à poursuivre en même temps ses études à Milan et son oeuvre en Afrique. les aventures ne manquèrent pas. En 1985, la plupart des pavillons de l’hôpital sont encore en boue séchée. Un samedi, exactement à midi, sous la poussée des vents et de la pluie, un pavillon s’effondre. Dans le chaos qui suivit, les malades fuient dans toutes les directions; une petite fille se blesse à la jambe! En 1991, de retour d’un de ses voyages en Italie, il risque la mort : durant l’atterrissage, l’avion sort de la piste et s’enfonce dans le sable, juste au bord de la forêt. Dans une lettre du 3 février 1991, Oscar raconte : « Chaque « petit chef » fait sa loi, le prix des médicaments montent de 100 %, un litre de sérum vaut la moitié d’un salaire, on ne trouve plus de savon… L’hôpital est toujours plein, les malades du Sida augmentent. Les protestants disent que c’est à cause de mes inventions, les gens aussi disent que ce sont des mensonges et nous crions dans le désert! La nuit de Noël, j’ai fait une césarienne après la prière, à minuit et demie : je m’endormais avec le bistouri à la main. La pauvre avait été portée sur le dos de son frère catéchiste sur plus de 40 kilomètres… son mari l’avait laissée seule. Hier elle est retournée chez elle saine et sauve. Comme tu vois, je pense que ces gens ne peuvent pas oublier ces gestes : c’est vraiment la propagande que l’Évangile fait de lui-même. » Un peu plus loin, voici un autre récit : « Aujourd’hui quand je suis intervenu pour Mudaadra, dix ans, qui avait une blessure purulente au tibia, au milieu de ses cris de douleur, je lui disais : “Mais hier tu affirmais que tu étais ma petite soeur, et aujourd’hui tu cries contre moi!”, elle me répondit : “On n’est pas moins frère et soeur parce que tu me fais mal! » Les problèmes n’ont pas manqué non plus : difficultés avec les confrères et les supérieurs qui peinent à comprendre la gestion d’un hôpital, les problèmes avec le personnel qui favorise les amis ou les parents, qui accepte de vendre leurs services ou des médicaments, les amitiés particulières et les amours qui naissent entre les uns et les autres et qui entraînent des irrégularités et des manquements à la discipline infirmière, le manque chronique de médicaments et leur prix de plus en plus exorbitant… la passion pour la recherche Oscar Goapper a toujours été curieux, de tout et partout. Comme missionnaire il ne voulait pas apporter seulement le message de la Bonne Nouvelle de l’Évangile, mais aussi les bienfaits de la science. Un jour, il aurait dit qu’il avait deux femmes : la science et la musique! Ce furent, certes, les deux passions de cet homme hors du commun. Dans le domaine de la santé, il s’est rendu compte très rapidement qu’un des grands problèmes était les coûts des médicaments. Mais comme à côté de lui, il ne pouvait pas ne pas voir les guérisseurs et certains de leur succès grâce à toutes sortes de plantes, le médecin Oscar s’est très tôt intéressé aux herbes et à l’homéopathie. À la mission, il plante et commence à cultiver toutes sortes d’herbes et de plantes pour mieux étudier leurs effets médicinaux. C’est un vrai jardin botanique qu’il élabore progressivement, riche d’une collection de plus de 120 plantes médicinales qu’il cultive sur un terrain d’environ trois hectares. Grâce à l’équipement des laboratoires, il dirige diverses recherches en médecine naturelle et en homéopathie; il étudie spécialement l’effet de certaines plantes sur le SIDA. En 1998 il sera invité à un congrès organisé par l’université Tor Vegata de Rome sur Les maladies infectieuses émergentes en Afrique. Le chercheur Oscar Goapper y fit une intervention intitulée Expériences d’un médecin missionnaire dans la sélection et l’utilisation des plantes médicinales : il y parlait e l’homéopathie comme d’une grande ressource pour soigner les maladies dans un pays où il était pratiquement impossible de trouver la plupart des médicaments. Il y divulguait les succès obtenus avec l’herbe Artemisia Annua dans le soin de la malaria et il y annonçait même des résultats encourageants obtenus avec une autre herbe dans l’amélioration de la qualité de vie des malades du SIDA. Cette herbe, il l’appelait spes Neisu, l’espoir venu de Neisu! J’ai moi-même profité de ses connaissances, puisque c’est au cours de ce séjour à Rome que j’ai rencontré Oscar pour la dernière fois et qu’il m’a conseillé un médicament homéopathique pour dépasser mes difficultés reliées au décalage horaire lors de grands voyages. Cette médecine, je la prends encore aujourd’hui et effectivement elle a beaucoup amélioré ma qualité de vie de voyageur! « Le père Oscar ne s’est jamais contenté d’une pratique médicale de routine, mais il a toujours été attentif à la recherche et à la découverte de méthodes plus perfectionnées et efficaces », témoignera l’évêque d’Isiro. guerres et rébellions La pire calamité est la guerre civile, avec son bagage de conséquences désastreuses. Il y a de grandes difficultés de communication, les avions ne volent pas, la poste retarde durant des mois et on vit dans l’angoisse. En 1991 les troubles éclatent vraiment et les militaires, qui ne sont plus payés depuis des mois si non des années, rôdent partout et rançonnent la population. Un jour, ils arrivent à la mission de Neisu et perquisitionnent jusque dans la chambre d’Oscar pour trouver une raison de lui imposer une forte amende : « Je pense qu’ils cherchaient le téléphone satellite, mais ils ne l’ont pas trouvé. Ils sont partis, après avoir pris un billet de 100 $. Leur agressivité et leur agitation m’ont fait peur. » Pouvait-on ne rien faire? À la mission personne ne bouge, alors Oscar prend les devants. Il rassemble un groupe de trois personnes en qui il a une confiance absolue; parmi eux le chef du village. Il est décidé de construire trois cachettes ou refuges dans la forêt. Des missionnaires s’inquiètent et ne sont pas convaincus ue ce soit la meilleure solution. Les gens collaborent pleinement et en quelques jours trois maisonnettes, presque habitables, sont érigées dans la jungle. Certains prétendent que là, les missionnaires ne risqueront rien, d’autres craignent une trahison… Un couple de laïques missionnaires du Venezuela sont là; lui, surtout, soutient entièrement Oscar. Mais cela crée d’autres tensions entre l’hôpital et la mission… Les disputes sont de plus en plus fréquentes, les échanges, coriaces! Oscar a toujours été émotif et ces tensions l’exaspèrent. Un jour l n’en peut plus. Voici comment lui-même s’exprime dans une lettre à la direction générale : « Alors avec les larmes aux yeux, j’ai salué tout le monde et je leur ai dit que j’étais vraiment fatigué, que je n’en pouvais plus et je suis parti pour venir ici, à Isiro[…] Je suis allé consulter mon confesseur, un missionnaire canadien, qui m’a conseillé de partir[…] Mais je me sens coupable parce que j’ai abandonné les malades et parce que je me sens vraiment seul[…] Je n’ai pas peur de mourir, mais ce qui me fait le plus mal, c’est de constater comment le plus important pour moi, notre témoignage,
ne compte plus pour certains d’entre nous[…] Il m’arrive d’être brusque, même agressif, mais j’ai un coeur, je n’ai pas peur des erreurs, mais je crains nos faiblesses et j’ai peur que ces faiblesses nous discréditent. » Un des plus beaux témoignages après la mort d’Oscar est venu de ce couple vénézuélien qui travaillait avec lui à ce moment-là : les docteurs Luis Gimeno et sa femme Rosa Macipe. C’est elle qui a écrit : « Les débuts avec Oscar furent assez dramatiques; les hauts et les bas de son caractère, sa manière d’être si décidé, ses préférences et ses indifférences nous déconcertaient. Il vivait si intensément son travail à l’hôpital que parfois il était difficile de le suivre. Il avait mille initiatives et projets et parfois il faisait tout sans compter avec toi ni sans s’arrêter à penser comment tu te sentais. C’est peut-être pour cela qu’il ne tint pas beaucoup compte de la période d’adaptation que nous savions nécessaire pour être utiles et heureux dans cette réalité. Lui, il avait un autre rythme, il était explosif, rapide, plein de vie et entreprenant, alors que nous, nous étions plus lents, plus analytiques, portés à la réflexion… enfin très différents[…] Au moment de la première guerre, nous avons été évacués. Nous avions été tellement bousculés par les difficultés de la première période que nous avons beaucoup hésité à

retourner au Zaïre.

Cependant, nous l’avons fait. Et c’est à partir de ce moment-là que nos rythmes se sont ajustés. Nous sommes retournés, mais avec moins d’attentes, tout en sachant mieux où nous allions; nous étions donc mieux préparés psychologiquement. Et surtout, après avoir consacré un peu de temps à apprendre le lingala, nous étions aussi plus disponibles à mettre la main à la pâte. Avec Oscar nous avons décidé de nous séparer le travail; nous avons crû que c’était le mieux à faire. Peu à peu, nous côtoyant sans cesse, dans le travail quotidien, nous avons commencé à reconnaître la valeur des uns et des autres. Nous nous sommes mieux connus, nous savions relativiser les moments difficiles et profiter des bons. Oscar s’est rendu compte qu’il se sentait bien avec nous. Il a pu se libérer de certains travaux pour consacrer plus de temps à la recherche, en homéopathie et en médecine naturelle. Il était heureux, toujours passionné de connaître des choses nouvelles. Il leur trouvait toujours une utilité pratique dans notre travail et il était enchanté de partager ces découvertes avec nous. Il valorisait notre compréhension et reconnaissait notre disponibilité à lui donner un coup de main. Surtout à la fin, il était content de trouver quelqu’un avec qui partager ses problèmes et ses joies quotidiennes. Les revers et les incompréhensions ne manquèrent pas, mais la complicité sincère, l’amitié et le respect prédominèrent et, je le crois, nous avons tous beaucoup avancé sur ce chemin. Luis et moi avons commencé à nous sentir injustes avec tout ce que nous avions vécu avec lui, et sans lui enlever ses défauts, nous avons mieux reconnu son don de soi, sa passion pour tout ce qu’il faisait, son amour pour les malades, sa vitalité, son extraordinaire capacité d’initiatives et d’organisation. Ce sont ses qualités qui rendirent possible la création de l’hôpital de Neisu. Il est vrai qu’Oscar était parfois excessif, il ne savait pas s’imposer des limites, il voulait toujours aller plus loin. Cela nous apporta à tous des maux de tête, mais je crois que même en cela il ouvrait des voies pour tout le monde; je n’oublie pas que lui, il se laissait toujours interpeller. Finalement, nous l’avons beaucoup admiré et nous avons appris beaucoup de lui. Je partageais beaucoup de hobbies avec lui. Cela me fournit plusieurs occasions de le rencontrer; nous nous sommes mieux connus. Le bon cinéma le passionnait, il pleurait pendant un film triste, c’était un grand sentimental; c’était aussi un passionné de musique, de beaux arts, de peinture et de bonne cuisine[…] Je me souviens des longues heures avec lui dans la cuisine pour préparer un plat spécial. Ce furent des moments intenses de gratuité, de partage des souvenirs de son enfance, spécialement de sa mère, comment il avait appris à préparer tel ou tel plat… Je revois les interminables files de gens assis devant son bureau et attendant de lui parler. Cela attirait l’attention. Nous étions interpellés par sa capacité d’accueillir et d’écouter tous ces gens, de se laisser trop souventtoucher le coeur. Je me souviens de sa joie dans les fêtes et sa capacité de relation.Je le revois par la fenêtre en train de donner du sel aux vaches ou de caresser le perroquet; je me souviens que le perroquet chantait et parlait avec Oscar. Je me souviens du spectacle qu’il donnait au marché en blaguant avec toutes les vendeuses. Je me souviens de sa passion pour tout, de sa personne infatigable, de sa manière de réussir en tout, de ses sermons du dimanche qui touchaient le cœur des gens parce qu’il les connaissait. Il connaissait les Mangbetu, et il savait comment les toucher, avec sa manière typique de parler, joyeuse, expansive, directe… Il aimait jouir de la vie… Il était si plein de vie, si heureux à l’arrivée des médicaments, des plantes qu’il avait demandées, de sa conversation avec le père Trabucco… Si heureux, si vivant que je ne peux pas croire qu’il ne soit pas ici. Si brusquement, sans avertir, il est parti comme il avait fait toute sa vie, tout d’un coup. Et avec tous ses défauts et toutes ses vertus, il m’a laissé un grand vide. La dernière image de lui que j’ai gravée en moi, c’est dans l’embrasure de la porte de l’avion, gesticulant et criant avec son style expansif : « À la prochaine, les jeunes ». Lors de cette première rébellion, sans le savoir, Oscar avait pris le dernier avion disponible pour aller poursuivre ses études à Milan.

les violences de 1997 et 1998

Le drame des violences et de la guerre se répète en 1997 et en 1998. En décembre 1997, des soldats en débandade approchent de la mission. Les pères, les soeurs, les laïques missionnaires et les bénévoles doivent fuir et se cacher en forêt là où vivres et véhicules ont été cachés. Au cours des semaines suivantes, le calme ne revient pas. Le père Oscar a échappé de justesse à ces nouveaux événements dramatiques; il était à Milan pour poursuivre ses études de médecine. Sept autres IMC Réussissent à se rendre jusqu’en Europe, alors que d’autres atteignent Kinshasa, la capitale, plus calme à ce moment-là. En mai 1997, tous les missionnaires peuvent rentrer dans leurs missions. Mais leur itinéraire a complètement changé : c’est en passant par le Kenya, le Rwanda et Goma qu’ils ont pu rejoindre Isiro et, enfin, leur mission de Neisu. Tout de suite, Oscar travaille à trouver l’équipement médical et pharmaceutique, car, pendant seize mois, rien n’est arrivé jusqu’à Neisu, on manque de tout! C’est à cette époque-là que, suite à un séjour en Argentine où il avait fréquenté un cours d’homéopathie, le docteur Oscar emploiera de plus en plus ces médecines et ces médicaments alternatifs. Entre-temps, la situation était devenue catastrophique; la santé des gens s’était beaucoup détériorée. Dans un rapport, Oscar a signalé la croissance exponentielle de la malnutrition et de la sous-alimentation, source de plusieurs maladies. Néanmoins il eut une grande consolation : c’est cette même année qu’il a vu revenir à l’hôpital de Neisu les premiers étudiants qu’il avait envoyé étudier dans divers centres du pays : deux infirmiers spécialisés en santé communautaire, un troisième qui avait étudié le contrôle de la qualité de l’eau, « parce que 60 % des maladies viennent de l’eau non potable », et un autre expert agrovétérinaire. Dans un article, Oscar écrit en 1998 : « Nous pensons que la finalité ultime de l’hôpital soit d’annoncer l’Évangile. L’annonce de l’Évangile se réalise dans un service médical personnalisé et donc en traitant le malade, non pas comme un numéro, mais comme une personne humaine, comme une personne malade. » Les violences se répètent encore en septembre 1998. À midi le 20, un jeune se présente à la salle à manger où sont attablés les IMC Pietro Manca, Silvio Gullino, Rombaut Ngaba Ndala et Oscar Goapper, les soeurs Riccarda, Renata et Luisa et les deux médecins Rosa et Luis. Il annonce que les rebelles sont aux portes de Neisu. Tout le monde fuit dans toutes les directions. Oscar prend le temps d’aller saluer les gens à l’hôpital : « Le département de chirurgie est plein d’hommes et de femmes qui ne pourront certainement pas fuir, attachés qu’ils sont aux drains et aux cathéters! Un enfant, opéré il y a deux jours, me fixe avec des yeux de stupeur. Je dis à tout le monde qu’étant donné la situation, nous devons nous cacher pour un peu de temps, mais que nous reviendrons très bientôt. » Les missionnaires se retrouvent tous dans la forêt au lieu préparé dans le plan d’évacuation d’urgence… Mais là il faut attendre la nuit pour aller plus loin. De la mission on entend des coups de mitraillette! Des jeunes viennent informer Oscar qu’une foule de gens se sont placés tout autour de l’hôpital pour empêcher les soldats d’y pénétrer; ils leur crient : « Voleurs! Voleurs! » Finalement après une attente interminable, accompagnés d’un guide, à 18 heures 30, les missionnaires s’enfoncent dans la forêt, en silence absolue, le coeur dans la gorge, pour atteindre vers 21 heures un premier lieu de séjour préparé pour eux; ce n’est pas une maison, mais un simple toit. À 3 heures du matin, ils repartent, cette fois, vers le lieu secret que tant de personnes ont préparé pour eux; ils l’atteignent vers 8 heures 30 : c’est une vraie maisonnette, mais à l’africaine. Dans un long rapport qu’il fera ensuite parvenir à Rome, Oscar écrit : « C’est une maison confortable : les lits ont été faits avec quatre poteaux plantés en terre sur lesquels on a placé un grillage de cannes attachées avec des lianes qui font office de matelas et de torture pendant la nuit. Mais tout nous semble très, très confortable après l’expérience angoissante que nous venons de traverser. » Il y a même des panneaux solaires qui leur permettent d’entrer en contact radio. Les tâches sont distribuées et une certaine vie reprend : soeur Riccarda lave le linge, soeur Luisa supervise la cuisine, car Guillaine, la cuisinière des soeurs, les a suivies en forêt; le père Silvio doit entretenir le feu, le docteur Luis et le frère Rombaut sont en charge de la radio et ils réussissent même à entrer en contact avec l’Espagne à qui on demande d’avertir la direction générale à Rome. Le soir du deuxième jour, des gens leur apportent nourriture et vêtements qu’ils sont allés prendre à la mission. Les nuits passent lentement, avec les moustiques et les mille-pattes; dans la nuit du 24 au 25, c’est une grande invasion de fourmis! Le 25 septembre 1998, Oscar a 47 ans. Les nouvelles sont enfin bonnes et le groupe décide de rentrer à Neisu : « Nous voici de retour à la maison. Les femmes ont tout lavé, la maison est propre comme jamais et il y a même de l’eau chaude dans la douche… Merci, Seigneur, pour soeur eau! Tout le monde arrive pour nous saluer et raconter chacun ses aventures. Avec les autres médecins, nous allons visiter les malades, c’est tout de suite la fête : ils nous racontent leurs frayeurs, les menaces et les abus sur quelques malades. Le samedi matin, malades et personnel infirmier, nous célébrons la messe ensemble, tout le monde est présent : quelle belle messe de remerciement! Les gens nous arrêtent sur la route, ils nous prennent la main, ils nous couvrent d’encouragements et nous donnent toujours quelque chose, le peu qu’ils ont. À la maison, il n’y a plus de farine depuis longtemps et donc pas de pain. Nous mangerons donc de la polenta tant qu’il y en aura. Continuellement nous prions pour la paix et les gens nous demandent combien de temps durera cette guerre. Notre avenir, vous le connaîtrez un jour. » Cette fois-là, l’hôpital ne fut aucunement attaqué, les gens le surveillèrent et le protégèrent contre toute violence. Avec orgueil, Oscar proclama : « Finalement ils ont compris que l’hôpital est à eux; ils l’ont défendu comme leur propre maison. »

un départ si brusque

Le jeudi 13 mai 1999, le père Oscar est fatigué et faible. Le lendemain, comme il a un peu de fièvre, on fait des tests, mais rien de spécial n’est signalé. Oscar pense qu’il a un peu de grippe, et dans l’après-midi un autre test ne révèle encore rien. Il ralentit un peu son travail. Le dimanche matin, il se plaint de fatigue et d’une douleur au bas du dos et le médecin lui prescrit un médicament et lui administre du sérum : d’autres tests ne révèlent encore rien d’anormal. Le soir, il se sent un peu mieux et prend une douche. Le lundi matin, 17 mai, il n’a plus de fièvre et se rend donc faire une intervention chirurgicale sur une femme amenée d’urgence. Il travaille encore dans l’après-midi, mais à 16 heures la fièvre reprend et il rentre dans sa chambre pour se reposer. Dans la nuit du lundi au mardi, il fait une hyperthermie et le matin il vomit à deux reprises. Les médecins interviennent, un infirmier est toujours avec lui et surveille la perfusion. À 9 heures 30, l’infirmier vient informer le médecin que Mupe Ossikari est très agité. Le docteur Norbert court jusqu’à sa chambre; Oscar est déjà décédé. C’était le 18 mai 1999.

les funérailles

La nouvelle traverse Neisu et Isiro comme un coup de foudre. Les missionnaires réussissent à informer Rome et le Chapitre général des IMC qui est en réunion au Kenya. Partout, c’est la consternation. Dans l’après-midi, les gens commencent à arriver à Neisu : l’évêque d’Isiro, les pères Ivano Magnani et Rinaldo Do, des médecins et des infirmiers, les soeurs Comboniennes de Pawa. Il est décidé de faire les funérailles le jeudi matin. Les veillées de deuil et de prière sont animées à l’africaine toutes les journées du mardi et du mercredi. Trois évêques, une trentaine de prêtres et tous les missionnaires de la Consolata de la zone nord (excepté le père Casali qui est malade) célèbrent la messe des funérailles avec des dizaines d’autorités civiles et militaires et une foule de 3 500 personnes. « Nous sommes venus saluer le père Oscar pour une dernière fois[…] Il est mort en pleine vie, avec tant de projets[…] Il a soigné tant d’entre nous », dit l’évêque, qui rappelle la devise de toute sa vie : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et la vie en abondance. » C’est soeur Marie-Claire Siko qui s’exprime au nom des malades : « Oh Seigneur! Où étais-tu quand le papa des malades et des pauvres était en train de mourir? Pourquoi ne nous as-tu pas interpellés? Le Seigneur nous a répondu ainsi : « Mes enfants, j’ai écouté votre plainte, mais j’ai voulu le prendre afin qu’il soit une belle fleur dans mon Royaume, pour tout ce qu’il a fait pour vous, même pour les plus petits, en mon nom.» «Merci, Seigneur, nous t’avons entendu. » Et le père Simon Tshiani, missionnaire de la Consolata, enchaîne avec un hymne qu’il a composé : « Quand on savait que la santé de gens se détériorait de plus en plus, Oscar a fondé l’hôpital de Neisu. Quand personne ne s’occupait d’améliorer la route, Oscar s’est montré garant du développement et il a même entamé la création d’une nouvelle route Neisu-Isiro. Quand l’éducation des jeunes était négligée, Oscar n’a pas hésité à appuyer toutes les initiatives de création des écoles de qualité à Neisu. Quand l’évangélisation était liée aux moeurs et habitudes coutumières, Oscar a fait appel aux différents mouvements de l’Église pour améliorer la vie spirituelle des chrétiens. Quand l’élevage était négligé dans le milieu Ngbetu, Oscar a eu le courage de commencer un élevage moderne, avec des veaux de Goma. Quand personne ne valorisait la médecine naturelle, Oscar n’a pas eu honte d’exploiter à fond les herbes de notre forêt pour traiter les malades. Quand on maltraitait les pauvres et les enfants, Oscar s’est montré artisan de la paix et de la défense de l’homme. C’est ainsi qu’il donna sa vie. » Les Mangbetu enterrent leurs morts à l’entrée de la maison où ils ont vécu; ainsi a-t-on voulu faire pour le père Oscar. Après la messe dans l’église qu’il avait construite et décorée, des infirmiers transportent son corps et passent d’abord devant le dispensaire où tant de personnes avaient rencontré Oscar pour la première fois, puis devant les départements de l’hôpital qu’il avait tous construits les uns après les autres, et enfin devant la salle d’opérations, où avec un courage plein de foi et d’espérance, une habileté sans pareille et une compétence chaque jour meilleure, il avait sauvé tant de malades : là le cortège s’arrête pendant cinq minutes, les gens crient et pleurent. Puis on le conduit à la porte de sa maison : non pas devant la maison des pères, mais devant la chapelle de l’hôpital. C’était là la vraie maison de Mupe Ossikari.
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La Parola di Dio per eccellenza è Gesù Cristo, uomo e Dio. Il Figlio eterno è la Parola che da sempre esiste in Dio, perché essa stessa è Dio: «In principio era il Verbo e il Verbo era presso Dio e il Verbo era Dio» (Gv 1, 1). La Parola rivela il mistero di Dio Uno e Trino. Da sempre pronunciata da Dio Padre nell’amore dello Spirito Santo, la Parola significa il dialogo, descrive la comunione, introduce nella profondità della vita beata della Santissima Trinità.
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