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Lettre à Joseph Allamano PDF Stampa E-mail
Scritto da p. Giuseppe Ronco, imc   
Bienheureux parmi les Saints

Cher Père,

J’aurais envie de t’écrire longuement, de m’entretenir avec toi pour te raconter ma vie. J’aurais envie de te rédiger un rapport confidentiel sur ma vie comme à quelqu’un qu’on aime et à qui on ne craint pas de dire la vérité. À mon âge, nous ressentons le besoin de s’arrêter, de faire le point, d’évaluer le bien et le mal qui nous habitent.

Je t’ai toujours considéré comme un père bon, capable d’écoute, sensible à toutes les interrogations qui nous troublent. Quant tu étais de ce monde, combien de conseils pleins de sagesse tu as su donner aux nombreuses personnes, issues de toutes les classes, qui venaient te voir. Tu les accueillais, avec ton sourire large et généreux, avec ton regard compréhensif, lumineux, pénétrant, qui scrutait jusqu’au fond de l’âme, sans jamais juger.

L’accueil qui te distinguait, moi aussi, je cherche à le vivre dans la quotidienneté des mes jours et de mes engagements. Cette caractéristique est passée en moi, comme d’ailleurs beaucoup d’autres choses, sans que je m’en aperçoive, comme les chromosomes d’un père passent dans le fils, sans qu’il le sache. J’aimerais vraiment approcher chaque personne comme tu le faisais, avec la même largeur d’esprit, la même noble distinction de celui qui sait sourire sans se scandaliser, qui sait évaluer et discerner ce qui vaut la peine d’être encouragé et ce qui est à corriger.

Ceux qui ne te connaissent pas ne savent peut-être pas saisir la profondeur de ton langage qui, malgré sa simplicité, reste lié à une époque qui remonte à près d’un siècle et demi. Par contre, l’esprit de sainteté et de mission qui t’enflammait et qui t’a accompagné tout au long de ta vie reste vraiment remarquable.

J’aime souligner l’importance de cultiver la dimension missionnaire dans sa vie, là où nous sommes, avec les moyens simples qui sont à notre disposition. J’ai pris exemple sur toi. N’est-ce pas là ce que tu as fait quand tu es devenu animateur de la communauté, un peu endormie, du diocèse de Turin? Tu l’as ouvert aux horizons de la mission. Non seulement tu t’es fait promoteur de la journée missionnaire mondiale, mais, encore, tu as donné naissance à deux Instituts de missionnaires, l’un pour les hommes et l’autre pour les femmes. Tu élargissais ainsi la vision de l’Église locale aux dimensions de la charité missionnaire universelle. Qu’elles étaient belles ces années de ta vie dédiées à la sensibilisation de la vie missionnaire! Avec des moyens simples, des récits missionnaires, la lecture des mémoires du cardinal Massaia en Éthiopie et les œuvres du cardinal Cagliero en Patagonie, tu concentrais toute la vie autour de la mission. Tu la présentais comme l’apostolat par excellence et une des formes la plus parfaite de sainteté.

Aujourd’hui, nous sommes plus sophistiqués, nous utilisons l’Internet et disposons de moyens que tu n’avais pas. Parfois, pourtant, j’ai l’impression qu’il nous manque l’essentiel, le matériel humain, la jeunesse devenue invisible dans les lieux habituels de rencontre. Ou, peut-être, n’avons-nous pas encore trouvé le zèle et la sainteté nécessaires qui t’animaient et te poussaient à exposer les convictions profondes qui t’habitaient.

Quand je pense à ta sainteté, une question surgit en moi : comment as-tu pu devenir si grand, en employant des moyens si simples? La simplicité est, en effet, ce qui caractérise ta spiritualité : « Il ne suffit pas de faire le bien, il faut aussi le bien faire, cherchant l’extraordinaire dans les choses ordinaires, en se donnant généreusement pour les autres. » « Soyez d’abord des saints, des missionnaires après », et prenant Jésus comme règle de toute action et pensée, tu nous proposes de tout faire pour lui, toujours avec Marie, « la tendre Consolata » avec qui tu avais une relation d’amour plus grande qu’envers une mère. Je te vois, la nuit, agenouillé dans le petit chœur du sanctuaire qui lui est dédié, tu lui parlais et lui présentais les joies et les souffrances de ta journée! Près du tabernacle, comme le papillon qui vole autour de la flamme, tu restais avec Marie, en dialogue d’amour et de tendresse. Est-ce que ce fut le secret de ta réussite?

Je veux te faire une confidence. Sais-tu que ta spiritualité m’attire beaucoup et que je l’applique moi aussi dans ma vie? La société dans laquelle je vis est fort changée par rapport à la tienne. Elle est complexe, et même compliquée, difficile à saisir dans ses motivations profondes. Aujourd’hui on aime les choses éclatantes, les projets qui frappent et dont parlent les médias, la réussite à tout prix, et on oublie les principes simples et concrets du bonheur qui t’ont habité. Souvent j’ai prêché et je prêche encore ton style de sainteté. Je suis convaincu de sa validité : notre sainteté parfaite se trouve dans l’accomplissement joyeux de nos tâches quotidiennes. Il ne faut pas la chercher loin, la sainteté! Toi, tu étais sage et concret, mon Père!

Certes, « … il faut de la volonté, de l’énergie, de la constance » pour tenir. J’entends ta voix : « Se sanctifie celui qui le veut. Il ne suffit pas d’un désir vague… Cela demande aussi faim et soif de la sainteté, de la désirer avec la même force que l’affamé désire la nourriture, l’assoiffé la source d’eau fraîche. » On n’a jamais fini d’apprendre! Toi, maladif, réservé, silencieux dans ton milieu, tu as été un grand missionnaire. Comment savais-tu toutes ces choses concernant la mission et qui gardent toute leur valeur encore aujourd’hui?

C’est ta large ouverture d’esprit envers les peuples non chrétiens qui me frappe le plus. Convaincu toi-même, tu le répétais aux premiers missionnaires : « … respecter tout le monde, ne jamais frapper ou blesser personne, visiter les villages tous les jours, manifester l’amour concrètement, souligner les aspects positifs de la culture, transmettre la foi sans forcer les étapes, bien apprendre les langues indigènes, les aider à évoluer favorisant la promotion humaine qui améliore le milieu, tout faire pour donner naissance à une communauté chrétienne bien formée à tous les niveaux. » Était-ce l’Esprit Saint qui te révélait ces choses, pendant les longues heures de prières qui ponctuaient tes journées?

Je t’aime, Père bien aimé, et je voudrais que tous te connaissent, parce que tu es un homme grand, un missionnaire saint, un modèle à suivre! Je me répète pour moi, et pour mes lecteurs, les paroles que tu adressais à ceux qui te rendaient visite : « Courage dans le Seigneur, et dans la Consolata! » Aujourd’hui cette même exhortation est reproduite au bas de ta photo, de ta propre écriture, comme un vœu offert à tous.

Souviens-toi de nous, là où tu es, dans la joie éternelle.
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